COMPTE RENDU DU SEJOUR 2007

Après de longues semaines de préparation, c'est enfin le jour J. 13 Janvier, nous prenons le chemin d'Orly, Joëlle et moi-même, pour un séjour de 6 semaines au village. Deux jours avant, nous nous étions déjà rendus à Orly afin d'expédier des cartons de médicaments pour le TOGO. Nous avons, pour des raisons de budget, décidé de passer par le Maroc avec escale à Casablanca. La différence de prix justifie la fatigue supplémentaire pour le voyage. Nous sommes un peu nerveux, la dernière semaine en France a été terrible, (embrayage de la voiture cassé, retrait de permis, accrochage avec la voiture de location) ; comme si un sorcier togolais nous avait jeté un sort. Le voyage se déroule agréablement et nous arrivons à minuit à Lomé en étant partis de Paris à 12h 30. Le passage en douane est parfait, personne ! Les douaniers doivent être couchés et nous arrivons à notre hôtel vers une heure du matin sans l'ombre d'un problème. Dimanche, un peu de repos et nous devons rencontrer Honoré, l'hôtelier de la banlieue de Lomé où nous logions l'an dernier, qui est également entrepreneur et à qui nous avons confié la réalisation du puits au village. Nous devons également voir Bruno, notre correspondant à Lomé qui nous a entraînés au départ dans cette aventure, pour faire le point sur nos relations futures. Enfin, nous cherchons Bibi, qui a cuisiné pour nous l'année dernière et qui nous prête des ustensiles de cuisine pour notre séjour au village. Nous en profitons pour déposer des médicaments à son oncle, diabétique, qui n'a pas les moyens de se soigner. Nous réservons la matinée du Lundi pour signaler notre arrivée au Consulat de France, faire des courses pour le mois, changer de l'argent et enfin rencontrer les écoles de Totsi et de Newton que nous avions visitées en 2006 pour leur remettre quelques marchandises apportées de France notamment des peluches pour les tout petits et des ballons pour le foot. Enfin nous terminons la journée à rechercher le taxi qui nous conduira au village le lendemain. Ce n'est pas le plus simple. Le mardi matin, c'est le départ pour le village avec un taxi propre et un chauffeur tout à fait correct. Nous arrivons à 15 h chez notre hôte, l'ancien directeur de l'école, Monsieur Pakoudjaré, qui a pris sa retraite cette année.

LA PISTE POUR KPEGLO

Belle émotion quand nous reconnaissons le village et ceux que nous avons rencontrés l'an passé. Rien n'a bougé. Nous prenons nos quartiers, deux pièces que les Pakoudjaré ont mis à notre disposition ; ils occuperont comme ils pourront, les quatre pièces restantes. Nous apprenons que notre hôte a trois femmes et pas moins de dix-huit enfants ; heureusement, il n'en reste plus que neuf au foyer, les autres, étant adultes ou poursuivant leurs études en ville. Ils font partie des privilégiés dont les parents ont décidé qu'ils devaient faire un minimum d'études quoiqu'il en coûte. Nous terminerons la journée en rendant visite aux élèves et en essayant d'évaluer l'avancement du puits qui est loin d'être terminé. De plus, nous constatons que les trois nouvelles classes que nous avons financées en juillet 2006, sous la responsabilité de Bruno, ne sont pas terminées. Les Pakoudjaré ont prévu un plat de fête pour notre arrivée : du rat sauvage (très prisé chez eux). Joëlle est tout à fait navrée de devoir refuser prétextant une religion qui interdirait de manger du rat. On ne plaisante pas avec les règles religieuses ! Nous essayons de ne pas trop bousculer notre nouvelle famille et décidons d'assurer nous-mêmes nos repas au quotidien. Le mercredi, première réunion avec les responsables du village A 7 h. le chef Kabié est là mais son homologue le chef Evé est absent. Il y a visiblement un petit contentieux entre les deux ethnies du village.

LA CONSTRUCTION DU PUITS A L'ECOLE DE KPEGLO

Le jeudi, visite des classes ; les enfants sont manifestement heureux de nous retrouver, et, dans la soirée, la chorale d'une des églises évangéliques du village arrive pour nous « récréer », chants, danses, tambours, la manifestation religieuse ressemble fort à nos « rêve parties » sans la techno. Le vendredi, réunion avec les responsables des parents d'élèves et avec le cdv (comité de développement du village) pour leur faire part de notre mécontentement quant au non achèvement de l'école. Nous leur signifions clairement que nous ne donnerons pas un sou de plus pour ces travaux qui ont déjà été financés et que nous ne démarrerons pas d'autre chantier tant que l'école ne sera pas terminée. Aux hommes du village de se prendre par la main pour finir l'école de leurs enfants ! Nous parlons du projet du potager et de l'élevage de volailles destinés à l'école, si le chantier de l'école évolue favorablement. Déjà le premier week-end, nous empruntons des taxis collectifs pour nous rendre dans le Nord du pays, dans la grande ville de Kara. C'est une véritable aventure, nous sommes entassés à 22 et parfois plus dans des petites camionnettes faites pour 7 ; sans compter les tonnes de marchandises amoncelées sur le toit. Le Nord du pays ressemble beaucoup à ce que nous avons déjà vu et nous nous demandons si cela valait vraiment la peine d'entreprendre ce pénible trajet. Cependant, nous faisons une rencontre intéressante avec Yaho qui vient nous trouver à Kara, mystérieusement prévenu de notre arrivée par Radio Tam Tam ; il s'agit d'un fonctionnaire de Kara, fils d'un ancien chef de village près de Kpeglo et nous passons un agréable moment avec lui et sa famille.

La semaine suivante

Nous allons enchaîner les rendez-vous avec les divers responsables de groupes pour comprendre la vie du village et ses besoins les plus urgents. Nous terminons la semaine par une réunion de la population à qui nous reparlons du chantier de l'école, de nos intentions d'aider et non de prendre en charge et lui faisons savoir que, faute de bonne volonté de sa part, nous arrêterons notre collaboration. Quelques responsables s'engagent à terminer le chantier dès la semaine suivante s'ils trouvent de quoi payer le ciment manquant. La semaine qui suit va être entièrement consacrée à mettre en place un comité qui représentera notre association dans le village et à faire passer nos message à la population. Il sera constitué de quatre villageois : Ekim Pakoudjaré ( l'ancien directeur de l'école, très respecté au village), Joseph (responsable de l'ancien comité de développement et détenteur des médicaments), Paul (un des enseignants de l'école) et Thérèse, une villageoise très active pour la communauté. C'est la naissance de « De Lissac à Kpeglo développement » et il n'est plus question de travailler avec Bruno comme intermédiaire. Second week-end : départ à six heures le samedi pour une arrivée à Lomé avant midi, heure de fermeture des banques. Personne ne veut de nos travellers cheques et nous finissons par obtenir des francs CFA dans une arrière boutique de gros « hommes d'affaires » pour une transaction des plus normales. .. (en Afrique). Après les courses au Leader Price de Lomé pour la semaine, nous allons récupérer les médicaments envoyés à Orly et qui ont été remis à Soeur Angèle, dans un orphelinat de la capitale. Le dimanche, repos à la plage de Lomé et nous partons pour la banlieue passer une nuit chez Honoré. Nous revenons au village, toujours en taxi collectif des plus folkloriques, dans l'après-midi du lundi, chargés des médicaments tant attendus.Le mardi, réunion avec le cdv et les enseignants pour décider de la répartition des médicaments entre l'école et le village. Le mercredi, visite du chef du canton, haut responsable de la région, qui tient à nous remercier pour notre action et se met à notre disposition pour nous aider dans notre démarche. Cette rencontre est très intéressante pour les projets à venir.

Le jeudi

Nous réunissons le comité des parents d'élèves et le cvd afin de trouver un moyen équitable pour distribuer les deux valises de vêtements pour enfants ramenés de France. Même si les valises sont énormes, il n'y aura pas assez de marchandise pour tous les enfants. Il est décidé de les vendre (à très très bas prix, accessibles à tous) sur le marché pour acheter du ciment qui permettra de terminer les trois classes commencées durant l'été.Le vendredi sera consacré à la vente sur le marché, dans une ambiance délirante. Nous réalisons un bénéfice de 19600 francs CFA (soit cinq sacs de ciment). Le samedi 3 mars, nous nous rendons en taxi-moto au marché de Elé, la ville la plus proche, à 15 kms de piste du village et le dimanche, après une longue marche dans la petite montagne qui borde le village, nous sommes invités par nos hôtes qui ont préparé le foufou et le coq. Dans la soirée nous allons voir des chants et danses kamou à 4 km à pied et sans lumière mais entourés de tous les enfants de notre hôte qui sont tellement heureux de nous accompagner. Fin de week-end épuisante ! Le vendredi 9, je suis sur le chantier des classes pour réaliser la dalle. Nous sommes deux avec Poto, un jeune maçon de 2 mètres de haut qui a attiré toute notre sympathie par son désir d'évoluer et son ardeur au travail. Il faudra beaucoup palabrer pour démarrer le chantier qui finalement sera bien avancé dans la journée. Ce que nous ignorions, c'est que les ouvriers ne peuvent travailler le ventre vide, il fallait donc commencer par assurer le déjeuner.

Le samedi

Nous partons pour Lomé afin d'accueillir José, Monique et Jean-Jacques qui arrivent à minuit. Le voyage se fait dans les pires conditions avec un départ à 6 h et une arrivée à 15h 30 ; c'est vrai qu'il y a quand même 200 KM. Nous sommes impatients de retrouver nos amis, un peu inquiets de leurs réactions devant un tel décalage de culture. Nous retrouvons nos trois voyageurs à l'heure prévue, minuit. C'est vraiment la bonne heure pour arriver à Lomé si on veut éviter les douaniers.Tout à la joie de se retrouver, nous discutons fort tard à l'hôtel en dégustant du saucisson en provenance du Lot, quel bonheur!!.

Le dimanche matin

Bbeaucoup trop tôt, nous avons la visite de Bruno, Honoré et Komla qui viennent saluer les nouveaux arrivants. Nous profitons du dimanche pour flaner un peu dans Lomé et pour se reposer. Le lundi, visite au Consulat pour annoncer les nouveaux français, course aux banques et course aux courses, hé oui il faut faire le plein pour cinq. Nous réussissons, en parlementant à la gare routière, à louer un taxi pour les 2 semaines (sans son chauffeur), ce qui va nous changer la vie ; Monique, Josée et Jean-jacques ne connaîtront pas les joies du taxi collectif. Le départ est fixé à 10 heures et nous sommes dans les temps, nous arriverons dans l'après- midi au village.

Les nouveaux Yovos au village

Accueil chaleureux par les Pakoudjaré et installation dans nos deux pièces des trois nouveaux yovos (blancs). Le mardi, après une marche matinale pour repérer le village, nous commençons le tour des classes. L'après-midi, nous décidons d'utiliser le véhicule pour aller collecter de l'eau ; cette corvée revient habituellement aux enfants qui font chaque jour des kilomètres pour rapporter de l'eau propre de la pompe collective du village voisin. Cela nous embarrasse beaucoup d'autant plus que maintenant nous sommes cinq et que nous augmentons considérablement la consommation. Les enfants, tout joyeux, nous accompagnent en voiture, c'est la fête ! A la demande des enseignants du village le plus proche, Tsadomé, nous nous rendons à l'école de ce village le mercredi, accompagnés d'Ekim Pakoudjaré qui nous talonne jalousement. Ici, tout comme à Kpeglo, on nous parle du manque crucial d'eau. Un peu embarrassé, notre groupe explique qu'il n' est pas possible d'aider tout le Togo et que nous nous concentrons sur Kpeglo dans un premier temps. Toutefois, après concertation, nous décidons d'aider ces villageois en leur achetant le ciment s'ils creusent eux-mêmes un puits. Ils sont enthousiastes et veulent se mettre au travail immédiatement. Nous sommes assez contents de cette réactivité plutôt inhabituelle. Nous retournerons dans la journée avec un sourcier pour déterminer l'endroit le meilleur pour creuser. Aux dernières nouvelles, le puits est presque terminé.

Le jeudi, début de la fête de l'école : remise des prix (petites fournitures) aux trois premiers de chaque classe et distribution de gâteaux et sucettes à tous les enfants. Dans la soirée, grosse ambiance autour du terrain de foot où s'affrontent deux équipes de filles très téméraires.

Le lendemain matin, réunion avec les villageois en présence du chef de canton qui prend la parole pour soutenir nos explications. Nous rappelons à tous que nous désirons aider ce village à se développer et à avoir une vie décente mais que nous ne le prendrons pas en charge ; il est d'ailleurs précisé que nous n'interviendrons dorénavant que sur des projets étudiés par les responsables du village, tenant compte de la participation ( par le travail collectif) des villageois. Ces projets nous seront soumis à l'étude par le comité « De Lissac à Kpeglo développement ».La fête se termine dans une ambiance de foule en joie pour soutenir le match de foot des garçons. Ce sport est vraiment le plus populaire du monde. L'après-midi sera consacrée à la vente du nouvel arrivage de fringues, convoyé par la deuxième fournée de Lissacois. Franc succès au marché de Kpéglo, la tension est montée depuis la dernière vente, tout le monde désire obtenir quelques vêtements. Jean-Jacques, tout à fait dans son élément, vend à la criée, grimpé sur le toit de la camionnette pour éviter la bousculade. Bonne journée, encore environ 20.000 F CFA de gagnés et qui seront rapidement transformés en sacs de ciment.

Le samedi, nous décidons de visiter Kpalimé, la grande ville à 30 kms de Kpeglo et de s'arrêter pour déjeuner au luxueux restaurant du Cristal. Il faut aussi se faire du bien. Balade au centre artisanal et au marché. Retour au village à 18 heures car nous sommes invités pour dîner dans le quartier de notre nouvel ami Poteau ; encore une grande fête de chants et de danses qui nous est réservée. Nous sommes, tous les cinq, fascinés par la joie de vivre de ce peuple qui vit dans la plus grande précarité. Le dimanche, les adolescents du village nous ont préparé un match de foot. Nous les rencontrons ensuite pour parler de leurs besoins. Qui n'en a pas ?

Le lundi, nous avons rendez vous avec l 'Inspecteur d'académie régional qui nous promet de nous aider dans la mesure de ses moyens. Au retour, arrêt à Elé pour acheter du ciment pendant que les femmes distribuent les dernières fournitures scolaires. Le mardi, réunion avec Honoré, arrivé de Lomé, pour discuter de sa prestation concernant le puits. Il n'y a pas assez d'eau et je considère, après un mois de Togo, que son devis est trop cher. Nous obtenons une diminution de 250 000 F CFA ce qui ramène le puits à 1250000 F CFA (plus ou moins 2000 euros). De plus, Honoré, qui n'a reçu qu'un acompte, ne recevra le solde que lorsque l'eau arrivera dans le puits de façon permanente ; il faut encore creuser. Nous sommes à la veille du départ, nos amis et surtout leurs enfants sont un peu tristes. Les enseignants nous ont préparé un excellent repas de départ mais jusqu'à ce jour, comme en témoignent quelques photos de Josée interrogative, nous ne savons toujours pas quelle viande nous avons dégustée ??? Peu importe, tout le monde était content. Le mercredi, départ du village pour Lomé, nous sommes invités pour déjeuner chez Honoré qui nous reçoit superbement bien. Dernier jour à Lomé, encore une petite visite à nos amis de l' école Newton qui tenaient à nous remercier de ne pas les avoir oubliés. Encore quelques heures à glaner des souvenirs pour la famille et voilà ! Au revoir les togolais, peut-être à l'an prochain, et peut-être serons-nous plus nombreux!!!!